Please reload

Recent Posts

Le contrat de transport de matériaux conclu par le titulaire du marché public est de droit… privé

January 29, 2020

1/10
Please reload

Featured Posts

Intervention au SGMAP (devenu DITP et DINSIC)

February 16, 2018

 

 

 

Le secrétariat général pour la modernisation de l'action publique (SGMAP) a laissé place à la direction interministérielle de la transformation publique (DITP) et à la direction interministérielle du numérique et du système d’information et de communication de l’Etat (DINSIC). La DINSIC est la « DSI » de l’Etat. Quel est le lien avec les marchés publics ? Les questions de numérisation de la commande publique sont de plus en plus importantes.

 

Georges Bayard, chargé du développement du programme « Dites-le nous une fois », s’est livré à une présentation générale de « l’Etat plateforme » : c’est la nouvelle stratégie numérique de l’Etat.

Ensuite, Laurent Bossavit, membre de l’Incubateur de Services Numériques de l’État, beta.gouv.fr, a présenté les « start-up d’Etat » : c’est une nouvelle manière de fabriquer du service public s’inspirant du modèle de développement des start-up. Il s’agit d’inventer une nouvelle manière de répondre aux questions auxquelles l’Administration ne sait pas répondre quand elle est confrontée à un problème. Une start-up d’Etat se caractérise par plusieurs éléments : un problème d’intérêt public, et notamment un problème des usagers, un portage administratif, une équipe resserrée, et l’idée selon laquelle l’usager est le véritable « chef ».

Alexis Boudard, Directeur de programme au sein du Département SI de l'Etat et Territoires, a abordé notamment le thème de la dématérialisation dans la passation et l’exécution des marchés publics.

 

 

Présentation de l’Etat plateforme

 

 

Pourquoi aujourd’hui, ce qu’on appelle ubérisation bouleverse le champs économique et social ? Il ne faut pas croire que l’Etat peut passer au travers de ces évolutions, l’Etat est impacté en tant que puissance publique par ce phénomène d’ubérisation. Quelle est stratégie pour arriver à faire passer le cap de cette nouvelle forme d’économie, qui est une forme d’économie numérique, ubérisée ?

 

 

L’ubérisation : un bouleversement du champ économique et social

 

L’ubérisation est un mot inventé par Maurice Lévy en 2014. C’est « une disruption rapide de modèle économiques existants par des plateformes numériques de confiance sans infrastructures physiques, ni opérateurs et centrées sur le client » (Clément Bertholet et Laura Létourneau, Ubérisons l’Etat avant que d’autres ne s’en chargent).

  • Plateformes numériques de confiance : comment crée-t-on la confiance ? L’un des éléments qui apporte la confiance, c’est que les services accessibles via le web sont notés et évalués en permanence par les usagers eux-mêmes. Ces plateformes sont internationales, elles abolissent les frontières. Le coût marginal de la transaction (coût de la dernière transaction produite) devient nul sous l’effet du nombre. Enfin, ces plateformes permettent la rencontre rapide de l’offre et de la demande.

  • Absence d’infrastructures physiques ou d’opérateurs : l’Etat est concurrencé par les modèles de Facebook, Amazon, etc. Ces modèles sont faiblement insérés dans le métier et dans le service lui-même. Ils proposent de la médiation entre une offre et une demande. La production du service est décentralisée mais la production de la valeur est centralisée. Les intermédiaires disparaissent.

  • Plateformes centrées sur le client : l’Administration fonctionne souvent comme une « grosse boîte » mais avec les phénomènes bureaucratiques, on oublie la finalité de l’action réalisée. Ces plateformes mettent le consommateur au centre leurs préoccupations, ce qui vient en rupture avec le système fondé sur les métiers et les corporations.

 

Se développe un phénomène multiforme qui dépasse l’ubérisation. Ces plateformes permettent de faire beaucoup de choses :

  • La création de biens communes (Wikipédia, OpenstreetMap) ;

  • Le partage des frais (Heetch, Blablacar) ;

  • L’économie contributive (Coyote) ;

  • L’échange de biens et services entre vendeurs et consommateurs ;

  • La communication (Facebook, LinkedIn) ;

  • Le développement d’activités.

 

Tout cela développe un bouleversement du champ social : organisation des échanges en réseaux, aspiration à une plus grand liberté individuelle, évolution de la frontière entre les statuts de salarié et de travailleur indépendant.

 

Cette ubérisation provoque un bouleversement des paradigmes économiques, c’est-à-dire la manière de penser la création de la richesse. L’efficacité des modèles économiques repose désormais sur de nouvelles règles.

  • Distribution du savoir (versus concentration du savoir) : le pouvoir converge vers ceux qui fédèrent des communautés de contributeurs et font circuler l’information.

  • Personnalisation (versus standardisation) : les profilages des clients sont tellement précis que les algorithmes et les intelligences artificielles savent sur eux des choses qu’ils ignorent eux-mêmes.

  • Alignement des « penseurs » et des « faiseurs » (versus subordination) : n’importe qui peut ouvrir un service national pour quelques dizaines d’euros, le test de l’expérience utilisateur peut être quasi immédiat, les « ouvriers » du code deviennent aussi les concepteurs. La hiérarchie est inversée.

  • Transparence, responsabilisation et contrôle a posteriori (versus contrôle a priori) : sur Wikipédia, tout est autorisé car la réversibilité est aisée. Le coût de l’erreur ou de la malveillance est quasi-nul, sauf pour celui qui la commet et qui paie de sa réputation.

 

L’ubérisation transforme de manière profonde l’ensemble de la société. L’Etat est-il totalement en dehors de tout danger dans ces évolutions ?

 

 

L’impact de ces évolutions sur l’Etat

 

Est-il possible d’aller jusqu’à l’ubérisation du régalien ? Au cours des attentats de novembre 2015, Facebook a mis en place un outil ayant permis de rassurer la population, à savoir le bouton Safety Check. Ce mécanisme a touché le cœur de l’Etat, le régalien. Ce fut un premier déclic.

L’algorithme « people you may know » de Facebook a permis, en Angleterre, de résoudre des enquêtes judiciaires. Facebook et Google, par ailleurs, sont impliqués dans la lutte contre le terrorisme en fermant des comptes, par exemple. Ils ont des responsabilités étrangement régaliennes.

Bitcoin pourrait-il concurrencer les monnaies nationales ? N’aurons-nous plus besoin d’Etats pour battre monnaie ?

 

Les plateformes numériques savent créer la confiance parce qu’en matière de numérique, ce qui est privilégié et le plus évident, c’est que la facilité d’utilisation et l’usage priment. Par exemple, le paiement sans contact avec la carte bleue s’impose malgré les risques de fraude. Aujourd’hui, la source de connaissance légitime par excellence est Wikipédia : la multitude crée la confiance.

La fonction de confiance de l’Etat peut aujourd’hui être concurrencé par ces plateformes.

 

Il faut distinguer les fonctions de distribution des fonctions de production.

  • Fonctions de distribution. L’Etat assume mal la fonction de « commercialisation » de ses services auprès des usagers. Les points de friction sont nombreux (renouvellement d’un passeport, demande d’une subvention, demande d’un permis de construire).

  • Fonctions de production. Bison Futé est rendu obsolète avec la diffusion de Google Maps. Les Moocs pourraient concurrencer l’éducation nationale.

 

Il faut avoir en tête un autre élément important : les GAFA, qui ont les moyens de leurs ambitions.

Les GAFA (Google, Amazon, Facebook, Apple, Microsoft) représentent 600 milliards de chiffre d’affaires en 2018. Le territoire des GAFA est mondial et de moins en moins lié aux cadres nationaux (1.5 milliard de comptes Facebook, 1 milliard de comptes Gmail…). Les GAFA portent une vision du monde, une idéologie. Facebook et Google établissent leurs propres règles en matière de contrôle des contenus sans passer par un juge.

 

Les GAFA répondent aux lois du service public, dites lois de Rolland :

  • Continuité : les GAFA portent une vision de long terme ;

  • Mutabilité : caractère disruptif, compréhension des évolutions, adaptabilité ;

  • Égalité et universalité : réponse personnalisée tout en garantissant l’équité grâce aux sciences de la donnée.

 

Quels sont les dangers ?

  • Un débat sans issue certaine : es GAFA veulent-ils sauver le monde ? Faire de l’argent ?

  • Un débat sous-jacent sur le solutionisme technologique : tous les problèmes politiques et sociaux peuvent-ils être réglés par la technologie ? Les algorithmes s’intéressent davantage aux effets qu’aux causes.

  • Le débat est de savoir s’il existe un modèle alternatif à proposer.

 

L’Etat est-il armé pour répondre à ces défis ? Les Etats modernes sont le fruit d’une longue évolution. Le principe des Etats nation est gravé dans le marbre du droit international : extension progressive du domaine de l’Etat incarnant initialement la rationalité organisationnelle et aboutissant à l’Etat providence.

L’Etat est entré en crise à partir des années 1980, et il a cherché à s’adapter en faisant appel au privé ou à d’autres acteurs. Nous sommes passés à l’Etat architecte qui sous-traite, enrichit voire complexifie son organisation pour tenter de suivre la demande sociale.

 

L’Etat doit se cannibaliser pour que les GAFA ne le fassent pas à sa place. L’Etat expression de la volonté générale doit se repenser profondément pour rester dans le jeu : il faut d’une part moins réglementer mais plus réguler dans le sens de l’intérêt général, et d’autre part adapter son mode d’action à l’émergence de la nouvelle économie.

 

 

Les stratégies envisagées

 

A été créée en 2015 la Direction interministérielle du numérique et du système d’information de la Communication de l’Etat (DSI). Elle est directement rattachée au Premier Ministre.

 

On parle aujourd’hui d’Etat plateforme. L’Etat veut être une méta-plateforme. La puissance des GAFA réside dans le fait que d’autres services se connectent à eux.

 

Les réalisations concrètes de l’Etat plateforme sont les suivantes :

  • data.gouv.fr : ouverture des données

  • api.gouv.fr : l’Etat plateforme en actes

  • beta.gouv.fr : start-up de l’Etat

  • France Connect : fédération d’identité

  • Programme DLNUF

  • DINSIC au service de la qualité web

  • Programme DCANT

Please reload

Follow Us
Search By Tags