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Compte-rendu du Jeudi de l'IDPA du 30 novembre 2017 : " Etre publiciste, est-ce un handicap ? "

December 1, 2017

 

 

   

 

   Les étudiants du Master 2 Contrats et marchés publics ont assisté à une table ronde, « Être publiciste, est-ce un handicap ? », organisée par l’IDPA le jeudi 30 novembre 2017 au Tribunal administratif de Paris. Ce fut l’occasion de discuter autour de l’avenir et les perspectives du droit public dans un cadre prestigieux.

 

 

   Ont été invités à débattre :

  • Claire JEANGIRARD-DUFAL, Présidente du Tribunal administratif de Paris ;

  • Isabelle HAZARD, Directrice juridique et de la conformité de SNCF Réseau ;

  • Jean-Marc PEYRICAL, Avocat à la Cour, directeur de l’IDPA et directeur du Master ;

  • Sandra LAGUMINA, Conseiller d’Etat et membre du Collège de l’Autorité de la concurrence, qui a animé cette table-ronde.

 

   Jean MAÏA, Secrétaire général du Conseil constitutionnel, n’a malheureusement pas pu être présent.

« [Il] a fait une carrière exceptionnelle, passant de l’Europe à Bercy, jusqu’au Conseil constitutionnel », indique Sandra LAGUMINA. 

 

 

   La table-ronde a été introduite par Claire JEANGIRARD-DUFAL, Présidente du Tribunal administratif de Paris. Elle a insisté sur le fait que les juges ne sont pas si loin des centres d’intérêt des français. En effet, qu’il s’agisse des interdictions de spectacles, de la suspension d’un club de foot, des marchés de Noël, de l’encadrement des loyers, des obligations de quitter le territoire français… toutes ces affaires sont évoquées de manière récurrente dans la presse et ont fait l’objet de recours devant les juridictions administratives, en particulier le TA de Paris. Aujourd’hui, le TA de Paris est confronté à de multiples facettes du droit, et en cela, la véritable question qu’il faut se poser, selon Madame JEANGIRARD-DUFAL, est celle de savoir « dans quel type de contentieux le juge raisonne encore de manière franco-française »…

   La juridiction administrative, « au prix d’un effort considérable » a indiqué la Présidente du TA de Paris, juge désormais dans un délai de six mois à un an, voire en quelques jours en matière de référé : « le rythme de la juridiction a évolué ». « Rassurez-vous, je ne fais pas de publicité pour ces voies de recours ! », a-t-elle ajouté.

   Les magistrats ne sont pas prisonniers à vie du contentieux : ils peuvent, par exemple, travailler dans le cadre d’un détachement dans des autorités de régulation. Madame JEANGIRARD-DUFAL a conclu ainsi : « outre la technicité propre du droit public qui est un outil apprécié, c’est la rigueur de l’analyse que sous-tend le droit public qui ouvre aux publicistes de nombreuses opportunités ». 

 

   « Les personnes que vous avez à cette table ont toutes été piégées » ! Sandra LAGUMINA, qui a animé cette table ronde, a indiqué que chaque intervenant présenterait son parcours avant d’envisager le droit public, qui a « un avenir très intéressant et radieux », dans ses formes nouvelles. 

 

   « Mon parcours est très classique », a affirmé la Présidente du TA de Paris qui est une publiciste passée par Sciences Po et l’ENA. « Il y a des branches techniques que le publiciste ne maîtrise pas forcément, mais ce qui m’a frappé au cours de ma carrière, c’est l’adaptabilité de nos raisonnements à de nouveaux publics et de nouveaux enjeux tout en maintenant la rigueur qui sied à ces raisonnements». 

 

   Maître PEYRICAL, quant à lui, a embrassé une carrière universitaire à Bordeaux et Paris. Il s’est formé aux marchés publics en travaillant pour la Ville de Paris pendant six ans : « je connais bien l’Administration. J’ai passé beaucoup de marchés de travaux pour les écoles de la ville de Paris ». La carrière de Jean-Marc PEYRICAL comporte un volet universitaire et volet praticien. 

   « J’ai vite détesté le droit privé, dès la deuxième année avec le droit des obligations ! […] Je voulais travailler dans et avec la sphère publique, pour le service public ». Un bon publiciste, a précisé Maître PEYRICAL, s’illustre par une rigueur intellectuelle, une rigueur d’écriture, une rigueur de pensée, tout en prenant le soin de préciser qu’un privatiste n’est pas moins rigoureux. 

   « Le fait de diriger un cabinet est une expérience formidable, c’est une vie en mouvement et en renouvellement. […] Les dossiers traités en droit public sont extrêmement variés et je ne peux qu’encourager les jeunes présents dans la salle à embrasser cette voie ». 

 

   Isabelle HAZARD, Directrice juridique et de la conformité de SNCF Réseau, a commencé par des études d’histoire avant d’arriver au droit. Elle a passé dix ans au ministère des finances, « à une époque où l’Etat ne connaissait pas bien les obligations européennes ». Madame HAZARD a entrepris par la suite une carrière de juriste d’entreprise et au sein de collectivités. « Même dans une entreprise, on a l’impression de travailler pour une collectivité ». 

 

   Sandra LAGUMINA est également passée par Science Po et l’ENA pour ensuite aller au Conseil d’Etat où elle faisait du droit de la commande publique dans l’ancienne 7ème sous-section. Laurent Fabius lui a proposé d’être sa conseillère à l’Assemble nationale. Par la suite, Madame LAGUMINA a découvert Bercy et y est restée trois. « C’est un ministère régalien où il se passe énormément de choses ».

   « Je voulais aller dans une structure plus petite que l’Etat » a affirmé Sandra LAGUMINA et c’est ainsi qu’elle est devenue directrice juridique au sein de GDF, devenu Suez : « C’est un rôle de management d’une filière où le but est d’avoir les meilleurs talents pour gérer les risques et objectifs de la société ». Elle a ensuite intégré GRDF puis la branche infrastructure d’ENGIE où, a-t-elle indiqué, ses compétences en droit public lui ont été très utiles.

   « Au-delà de la rigueur et de l’intérêt public, on apprend à manier la norme et on apprend aussi à la faire changer, à jouer avec elle. Le droit public est une sorte de Rubik’s Cube intellectuel. Peu de droits permettent de regarder autant au scalpel des textes ou des situations ». 

 

 

   1ère question. « Très peu d’étudiants veulent travailler pour le service public, évoquent la chose publique. Avez-vous été en contact des usagers au cours de vos carrières ? Quel est votre ressenti vis-à-vis du public ? Quels sont vos rapports avec vos chefs ? »

 

   Sandra LAGUMINA. « Je ne parlerais pas d’usagers mais de clients. On est vite indépendants, on apprend à croire à la force de notre raisonnement. […] On essaye d’utiliser cet instrument qu’est le droit au service de quelque chose. En entreprise, on a l’impression de servir quelque chose qui est plus grand que soi ». 

 

   Isabelle HAZARD. « En tant que DAJ, on passe du rôle de super juriste au rôle de manageur. On doit inspirer confiance. Le juriste en entreprise est un gestionnaire. On est intégré dans la prise de décision, mais la norme reste un garde-fou. Mes usagers sont plutôt des grosses entreprises ».

 

   Jean-Marc PEYRICAL. « Je ne comprends pas la notion de chef. Je préfère parler de la notion d’équipe qui est très importante. Il faut former les jeunes qui rentrent chez nous, il faut transmettre tant à l’université qu’au cabinet. On essaye de ne pas être trop hiérarchique. Je demande à mes équipes d’être à l’écoute des clients et d’être inventifs. Il ne faut jamais leur dire non ».

 

   2ème question. « Comment expliquer que la part d’universitaires soit aussi minime pour l’accès à l’ENA ? »

 

   Sandra LAGUMINA. « Il y a beaucoup de formations parallèles et tant mieux. Aujourd’hui on est vraiment dans une tendance de diversité. […] J’ai eu l’impression de tout réapprendre au Conseil d’Etat. Quand on est juriste, on passe sa vie à apprendre ». 

 

   Claire JEANGIRARD-DUFAL. « Il y a un malentendu lié au cloisonnement du système de formation. La variété des recrutements est quelque chose de formidable que l’on ne doit surtout pas abandonner. Cette diversité qui permet la créativité est liée à cet esprit qui s’incarne dans la pratique de la collégialité. Cela donne une richesse et une rigueur au débat ». 

 

   3ème question. « À l’issue de mon M2 je ne pourrai pas intégrer directement le Conseil d’Etat, après cinq ans d’études je devrai repasser par Sciences Po et l’ENA, ne peut-on pas revoir les modalités d’accès, n’est-ce pas un handicap ? »

 

   Sandra LAGUMINA. « C’est sélectif mais ça l’est dans tous les pays pour une telle juridiction. De plus il y a plein d’autres concours administratifs vers des carrières qui donnent une réalité immédiate au droit public, contrairement au Conseil d’Etat qui ne fait que de la cassation. […] Il y a plein de chemins et de passerelles pour avoir une belle carrière, pas seulement le Conseil Etat et ce n’est qu’au bout de cinq à sept que la voie que l’on souhaite emprunter se concrétisera ». 

 

   Isabelle HAZARD. « Est-ce que j’aime trancher dans le vif les conflits, ou est-ce que je préfère être dans l’action et le conseil ? C’est la question qu’il faut se poser. C’est un choix de comportement : aime-t-on décider ou accompagner ? » 

 

   4ème question. « Aujourd’hui tout publiciste n’aurait-il pas intérêt à se former dans un autre domaine comme l’économie pour embrasser la meilleure carrière possible ? »

 

   Isabelle HAZARD. « Tout juriste doit comprendre les mécanismes économiques ».

 

   Jean-Marc PEYRICAL. « J’exhorte mes étudiants à avoir plusieurs cordes à leur arc. Lorsqu’on monte un projet, il faut connaître le droit des sociétés, savoir lire une comptabilité. Il est indispensable de s’ouvrir ».

 

   Sandra LAGUMINA. « Il ne faut pas hésiter à se frotter aux opérationnels. Il faut comprendre le fond du métier que vous allez défendre. Vous allez passer votre vie à apprendre, et ce sera passionnant ». 

 

   5ème question. « Quelles sont les passerelles existantes entre juges administratifs et juges judiciaires ? »

 

   Claire JEANGIRARD-DUFAL. « Il existe des passerelles qui ne sont pas forcément compliquées mais nécessitent plusieurs mois. […] Ce n’est pas le même métier, nous manions les mêmes outils mais nous n’intervenons pas dans les mêmes litiges ». 

 

   6ème question. « Quelles relations avez-vous avec les collectivités territoriales et comment envisagez-vous l’évolution de ces relations ? »

 

   Jean-Marc PEYRICAL. « C’est un monde intéressant et évolutif du fait des réorganisations territoriales. Je l’envisage comme un partenariat. On me demande de prendre la place des décideurs, mais je ne suis là que pour conseiller. On est là pour échanger d’égal à égal ».

 

   Sandra LAGUMINA. « On est qu’au début d’un mouvement avec les dernières législations dont la loi NOTRe. […] Il est plus confortable de négocier avec des collectivités fortes que des collectivités faibles car elles sont plus stables économiquement ».

 

   7ème question. « Comment voyez-vous le publiciste du XXIème siècle ? »

 

   Sandra LAGUMINA. « Il doit être bon. En réalité, on ne se pose pas la question de savoir si on est face à du droit public, on cherche une solution à un problème. Les questions posées aujourd’hui sont de plus en plus complexes et de plus en plus techniques ».

 

  Jean-Marc PEYRICAL. « On vous demandera d’être des professionnels du droit. Les non-professionnels, on les voit vite. Il faut savoir aller vers d’autres métiers ». 

 

   Claire JEANGIRARD-DUFAL. « Le professionnel du droit a les yeux ouverts. Avant de partir sur les questions de droit, il faut se mettre d’accord sur les faits et les comprendre. On est un bon juriste si on comprend ce que l’on fait ».

 

 

En guise de conclusion, la Présidente du TA de Paris a affirmé que « la bataille qui est à mener aujourd’hui n’est pas une bataille publiciste/privatiste. J’ai la conviction, compte tenu de la judiciarisation du monde des affaires, qu’il y a une place à prendre aujourd’hui. La bataille que j’aimerais mener, c’est d’arriver à convaincre qu’un juriste peut être un bon dirigeant ». Isabelle HAZARD a ajouté qu’ « on a besoin de passionnés ». 

   Jean-Marc PEYRICAL a soutenu que beaucoup d’étudiants ne se voient pas en entreprise alors que c’est une belle alternative. « Vous avez la chance d’avoir une sphère de métiers très large », disait-il.

 

 

   Les étudiants du Master remercient l’association de l’IDPA ainsi que Monsieur PEYRICAL pour cette belle table-ronde dont les échanges étaient particulièrement enrichissants.

 

 

Nathalie MARIAPPA 

 

 

 

 

 

 

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